Portrait de femmes fortes


Kaynat, 16 ans, ose désormais sortir de chez elle sans avoir peur


Après avoir travaillé pendant 3 mois chaque après-midi dans le bureau de l'association Sambhali (plus de détails ici), j'ai voulu aller à la rencontre des femmes qui travaillent derrière la porte du studio de couture. Vingt-cinq femmes y fabriquent des produits ensuite vendus à la boutique. J'ai saisi l'opportunité de travailler à leurs côtés pour apprendre à connaître leurs vies. Chose que je n'ai pas regrettée! En tant qu'occidentale, il m'était difficile d'imaginer la vie de ces femmes et les obstacles auxquels elles font face au quotidien. Les sourires timides des premiers mois sont devenus de véritables confidences sur des pans de leur vie. J'ai assisté à des témoignages bouleversants, impossible de ne pas ressentir de l'admiration pour ces femmes dont la quête de liberté et d'indépendance est un véritable combat.

La majorité d'entre elles, en raison de leur statut social, de leur caste, de leur handicap ou encore de leur situation familiale, sont marginalisées dans la société indienne et il leur est difficile de trouver un emploi.  L'association Sambhali les emploie sans se préoccuper de leurs vie privée mais se fondent seulement sur leurs compétences professionnelles.

Reshma

Reshma est l'une de ces femmes. A 35 ans, elle fait preuve d'un courage hors du commun. Elle a rejoint le studio il y a 10 ans. Alors qu'elle était enceinte de son deuxième enfant, son mari à commencé à la battre et à la harceler. Quelques mois plus tard, elle a été atteinte de la tuberculose. "Pendant la maladie, seule ma mère me soutenait, mes beaux-parents me négligeaient", explique-t-elle. En Inde,  les femmes vivent traditionnellement après le mariage dans la famille de leur mari. "J'ai donc demandé le divorce", souligne-t-elle. Un acte très courageux, quand on sait que les femmes divorcées sont très mal perçues dans la société indienne, particulièrement lorsque c'est la femme qui en fait la demande. Une femme seule est dénuée de toute existence sociale. Celle-ci est possible seulement à travers un homme. "Les procédures se sont étendues sur sept années, c'était éprouvant!", raconte la jeune femme.  
Sambhali s'est avéré être un véritable refuge pour Reshma : "Ici je me sens accueillie sans être jugée. Les autres femmes sont comme mes sœurs avec qui je peux partager mes problèmes car nos histoires sont similaires", confie-t-elle. Elle a refusé la somme allouée pour le divorce en échange d'obtenir la garde à vie de ses deux fils de 16 et 17 ans.
En parallèle de son emploi de couturière dans le studio,  Reshma réalise des commandes pour les particuliers. "Je travaille dur pour offrir un bel avenir à mes enfants", explique-t-elle. " Je veux désormais encourager d'autres femmes à se libérer de leurs maris violents et les inciter à défendre leurs droits", affirme-t-elle. Reshma a aujourd'hui confiance en elle et peut envisager son avenir plus sereinement. 

 Saroj, 18 ans, elle porte un bindi symbole des femmes mariées hindoues

A seulement 18 ans, Saroj est un symbole de courage. Elle a rejoint Sambhali en 2011. Mariée à l'âge de 4 ans et écartée des bancs de l'école, "l'association représentait une chance unique que je devais saisir pour apprendre un métier, ma mère m'a encouragée à rejoindre le studio", explique-t-elle. Malgré son mariage infantile, elle a continué à vivre dans sa famille et emménagera dans celle de son époux plus tard.
 Au quotidien, la jeune adulte se bat pour venir travailler au studio. Son père étant mort, ses quatre frères représentent désormais l'autorité familiale. " Pour venir ici, je mens quant au montant exact de mon salaire en le prétendant plus bas", confie-t-elle. Seule sa mère connaît le montant exact de sa paie et soutient sa présence dans l'association. Saroj doit aussi faire face aux commérages de ses voisins qui l'empoisonnent, "les voisins se mêlent de ma vie et demandent à ma mère où je suis pendant la journée", raconte-t-elle. Dans son quartier, la plupart des femmes sont analphabètes et l'éducation des filles est considérée avec défiance. La jeune femme chérit Sambhali car c'est un endroit où il fait bon-vivre, "ici il n'y a pas de tension", dit-elle en souriant. Malgré son jeune âge, Saroj ne recule pas devant les obstacles auxquels elle est confrontée.

Anita, 26 ans

Anita a 26 ans, depuis ses 15 ans elle est couturière dans l'association. A l'âge de 6 ans, elle a été atteinte de la poliomyélite et a perdu l'usage de ses jambes. "Je pensais être un fardeau pour mes parents, d'autant plus que je suis analphabète", explique-t-elle. Mais son arrivée dans l'association a bouleversé le cours de sa vie. "J'ai découvert que je pouvais être heureuse malgré mon handicap", souligne-t-elle.
 "Désormais je suis financièrement indépendante et je pourvois même aux besoins de ma petite sœur", poursuit-elle. Anita a accompli des choses qui lui semblaient impossibles auparavant. Pour récompenser son travail et ses qualités de couturière, la jeune femme a été  promue superviseur du studio. "Je contrôle la qualité des produits", indique-t-elle. Elle a tiré plusieurs enseignements de son histoire, "Je sais maintenant qu'il faut toujours garder un objectif en tête malgré les difficultés qui encombrent notre chemin. Je suis aujourd'hui une femme courageuse", affirme-t-elle fièrement. 

Pushpa, 38 ans.


Pushpa, 38 ans, a rejoint Sambhali il y a 9 ans. Lorsque son mari travaillait dans l'Etat indien du Madhya Pradesh, il délaissait totalement sa femme et ses quatre enfants. "Il ne m'envoyait pas un seul roupi pour subvenir à mes besoins et à celui de mes enfants. Je n'avais plus les moyens financiers pour assurer leur scolarité. A son retour, il m'a interdit de venir au centre pendant un an. J'ai donc pris la décision de le quitter", témoigne-t-elle. L'association et les femmes du studio ont soutenu sa décision.
Aujourd'hui, Pushpa peut à nouveau sourire à la vie. La qualité de son travail a été récompensée et on lui a décerné la responsabilité d'acheter l'intégralité du matériel destiné à la fabrication des produits. Un emploi à part entière rémunéré par l'association en plus de son travail de couturière. Grâce à Sambhali, Pushpa est fière d'être financièrement indépendante. "J'apprécie aussi le fait que Sambhali accueille tout le monde sans critère de castes ou de religion", ajoute-t-elle. 

L'ONG constitue un véritable havre de paix pour ces femmes, où "on partage nos joies et nos peines", confie Mamta, 34 ans et où "on fait abstraction des problèmes du quotidien", souligne Nirmala. Un lieu où la solidarité féminine est palpable et donne espoir à ces femmes pour s'imposer dans cette société patriarcale. Des enfants, trop jeunes pour aller à l'école accompagnent aussi leur mère au studio, qui les allaitent entre la fabrication de deux articles.

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