A la rencontre de projets alternatifs indiens
Cap au Sud
En vivant quelques mois en Inde, j'ai eu la chance de découvrir différentes régions du pays. Après avoir passé 3 mois et demi au Rajasthan, j'ai mis le cap au Sud. La première étape de mon itinéraire a été, Goa. Ancienne enclave portugaise jusqu'en 1961, ses plages idylliques de cocotiers sont ensuite devenues le paradis des hippies. Aujourd'hui, les derniers hippies se fondent dans la masse de touristes occidentaux. Ce micro-Etat ne ressemble à aucun autre, on oublierait presqu'on est en Inde. Sur certaines plages, les Occidentaux sont largement plus nombreux que les Indiens ! Étant devenue une destination très prisée des touristes occidentaux, les codes occidentaux remplacent peu à peu les coutumes locales. Ici, il est possible de s'habiller comme on le souhaite, sans se demander si on porte assez de tissus sur le corps. On peut aussi y manger du bœuf (un comble pour l'Inde!). A mes yeux, c'est le grand écart avec le Rajasthan, l'un des États indiens les plus conservateurs. Sa localisation mais aussi ses générations de hippies et de teuffeurs ont contribué à donner à Goa, une atmosphère décontractée, qui contraste avec le reste de l'Inde. Y mettre les pieds c'est inévitablement se sentir en vacances. Là-bas, pas de grande ville noyée dans le vacarme des klaxons et asphyxiée par la pollution.![]() |
Plage de Palolem |
Mon itinéraire dans le Sud de l'Inde a été ponctué par la découverte de chouettes projets alternatifs et inspirants.
L'éco-lodge Saraya |
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L'éco-lodge Saraya |
L'éco-lodge Saraya
J'ai effectué un workaway (quelques heures de travail quotidien pour contribuer au développement d'un projet en échange d'être logé et nourri) dans l'éco-lodge Saraya. Deeksha, la propriétaire a mis un terme à sa carrière d'architecte pour créer une écolodge; une résidence touristique qui limite son impact environnemental. Elle en a eut assez de concevoir des logements construits à partir d'acier et de béton aux quatre coins du monde. En 2014, elle s'est donc lancée le défi avec son fils Zora, de créer un logement touristique réalisé dans son intégralité avec des matériaux naturels ou recyclés. Une initiative honorable et avant-gardiste quand on sait que l'écologie n'est pas la première préoccupation des Indiens, nourrir l'ensemble des citoyens est perçu comme prioritaire aux considérations écologiques, bien que cela ne soit pas contradictoire. Le fils et la mère ont donc fait appel à leur créativité et leur ingéniosité pour tout créer sans rien acheter.L'art de la seconde vie.
Les maisons accueillant les touristes sont faites à partir d'argile et leurs fondations ne sont rien d'autre que des bouteilles de bières ! Deeksha et son équipe savent métamorphoser toute trouvaille de la nature en œuvre d'art. Le bambou est ainsi manié à la perfection pour devenir des portails ou des clôtures. Quant aux feuilles mortes, elles reprennent vie à la nuit tombée sous forme de lanternes pour guider les voyageurs vers leurs huttes. Une seconde vie est offerte à chaque élément de la nature.Saraya ce n'est pas seulement un éco-hôtel, c'est aussi un restaurant végétarien, le "Health cafe" qui propose les meilleures pizzas que j'ai pu goûter en Inde, des plats occidentaux et des smoothies couleurs arc-en-ciel. Les plats sont fraîchement préparés et les ingrédients sont issus dans la mesure du possible du jardin et de la ferme permaculture de l'éco-lodge.
Godot "l'artiste officiel" de Saraya |
L'Imagination hostel
Je ne peux pas parler des endroits cool à Goa sans évoquer l'Imagination hostel à Arambol au Nord de l’Etat. J'y avais réservé un lit pour une nuit sans m'être vraiment renseignée sur cette auberge de jeunesse. Moi qui m'attendais à un hostel ordinaire, j'ai été agréablement surprise de découvrir qu'il s'agit littéralement d'un deuxième chez soi. Ici, la relation client-employé n'existe pas, on est tout simplement accueilli comme un membre de la famille et on partage cet appartement avec rooftop dans la paix, la musique et l'amour. Mansie et Pareen, les deux créateurs de l'hostel ont réussi le pari de créer une auberge de jeunesse en mettant de côté l'intérêt financier et en cherchant toujours à tisser de vrais contacts humains avec leurs "clients". Ils ont créé une communauté, l'Imagination family avec tous les touristes qui sont passés par là. Il s'agit certainement de l'endroit d'Arambol, le plus authentique avec l'esprit hippie qui y régnait dans les années 1970.![]() |
La vue depuis l'Imagination hostel |
Dans ce contexte, il n'est donc pas surprenant qu'une des principales villes culturelles indiennes, Cochin se trouve au Kerala. Chaque année, la ville aux multiples influences vit pendant plusieurs mois au rythme de la Biennale, l'exposition d'art contemporain. L'art fleurit partout dans les quartiers historiques de Fort Kochi et de Mattancherry. Rien de plus agréable que de se perdre à travers les innombrables galeries d'art, les art cafés et de découvrir les street arts qui ornent la ville.
Fraîchement débarquée du Rajasthan très conservateur, où le taux d'alphabétisation est l'un des plus bas du pays, cela peut sembler stupide mais j'ai été étonnée de constater autant d'Indiens dans les lieux d'exposition. J'avais le préjugé que ce type d'exposition était une démarche touristique davantage destinée aux Européens. A l'origine de ce préjugé se trouve les enseignements très stéréotypés inculqués dans la plupart des écoles indiennes, sur le rôle de la femme et celui de l'homme. Ou encore le culte de la personnalité du Premier ministre qu'on peut constater dans la société. J'ai le sentiment que le développement d'un esprit critique est peu encouragé chez les élèves. J'ai donc été agréablement surprise de voir des Indiens s'intéresser à des œuvres subversives traitant des thèmes aussi variés que la question queer, le féminisme, ou encore la perpétuelle domination des anciens pays colonisateurs sur l'Inde.
La Sister Library, mon coup de cœur de la biennale!
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L'artiste Aqui Thami |
Avide de tenter de comprendre ce pays dans lequel j'ai vécu pendant 5 mois, la Sister Library correspondait exactement à ce que je cherchais sans le savoir. Cette œuvre participative créée par l'artiste indienne Aqui Thami, regroupe des livres écrits par des femmes du monde entier. A travers cet espace, l'artiste indienne a voulu célébrer les contributions artistiques féminines. L'activiste et artiste y organise des ateliers sur différents thèmes. Les livres sont un support pour débattre, échanger ( pas seulement de féminisme) avec des personnes issues de différentes cultures.
Originaire de Darjeeling, au Nord Est de l'Inde, Aqui Thami est aussi engagée en faveur de la protection de la culture indigène locale. La culture de cette région est très différente du reste de l'Inde, il s'agit d'une société traditionnellement matriarcale. Cependant depuis le début des années 2000, les gouvernements indiens successifs cherchent à assimiler culturellement les habitants de cette région au reste de la péninsule.
Malgré sa couleur rose, cette bibliothèque était ouverte à tous, peu importe le genre, la religion. C'était l'occasion d'avoir des discussions féministes avec un jeune sikh, chose que je n'aurais pas imaginée par exemple.
L'artiste a lancé une campagne de financement participatif pour construire une bibliothèque similaire à Bombay.
Bilan de mes 5 mois en Inde
Avoir passé du temps dans des États indiens antagonistes m'a permis d'appréhender la société indienne de façon encore plus large. La diversité est selon moi le maître-mot de l'Inde. Certes, l'Inde est affaiblie par un conservatisme religieux très influent alimenté par l’analphabétisme. Mais ce pays d'1 milliard et plus de 200 millions d'habitants est en effervescence. Les initiatives que j'ai découvertes m'ont convaincue que les mentalités indiennes sont en profonde mutation et s'engagent vers plus d'ouverture. Ces projets sont porteurs d'espoirs pour faire de l'Inde un pays plus juste. Ils m'ont prouvé que ce pays est bien loin de se résumer à la misère et à mendicité.
J'ai aussi pu constater à quel point les contraires se côtoient, à quel point le conservatisme voire le fanatisme religieux vit au côté du progressisme et des combats similaires à ceux qu'on trouve en Occident notamment chez les Millenials comme l'écologie ou le féminisme. Car l'Inde est un pays ultra connecté, au regard de son niveau de vie et est entre autres influencé par les idées qui circulent en Occident.
L'élégance des indiennes me fascinera toujours. |
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